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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 16:57

Un monument de la culture nationale : EL BOUDALI SAFIR (1908/1999). Par Mouats Hafid.

Nos jeunes des associations de musique andalouse doivent connaître beaucoup de l’homme de culture El Boudali Safir, qui avait tant donné à cette musique. De par ses écrits, ses émissions de radio, ses initiatives de rassembleur de groupes musicaux de différentes régions du pays dès 1940 à la radio d’Alger et ses participations aux différents chantiers culturels avant et après indépendance du pays, c’était un infatigables et généreux mécène, précurseur, brillant écrivain et poète.

Il était de tous les coups, organisateur des premiers festivals, créateur d’institut de musique, initiateur de séminaires sur la musique andalouse, forums, congrès, festival panafricain etc. Grand pivot de la culture nationale avec l’ex ministre M Mohamed Seddik Benyahya qui l’encourageait et lui portait aide et révérence pour la concrétisation de ses projets précurseurs.

Voici un fort témoignage rédigé par le journaliste Mohamed Medjahed (revue de l’année algérienne en France 2003), tiré du livre de M Abdelkader Bendameche, « Florilège » :

Mouats Hafid, le 08/08/2012.

Voici ce qu’écrivait ce précurseur, mécène et poète algérien lors d’un colloque sur la musique à Istanbul en juillet 1974, où il a eu l’honneur de faire adopter ses idées:

«Sic … j’ai fait accepter les principes (dans ce colloque, ndl)) que j’énumère si après et qui sont particulièrement valables pour notre pays…. ».

1- EBS : « Se garder de remiser dans les musées notre musique classique, si belle et si profonde ». « S’efforcer, au contraire, de la sauvegarder tout en s’appliquant à en perfectionner l’interprétation instrumentale et vocale ».

Hafid Mouats : Souvent en entend des gens qui écoutaient notre musique classique d’une manière désintéressée, car branchés sur la musique principalement moderne dire « qu’il fallait déposer cette musique au musée, elle est rébarbative (moumil’la, tqalaq etc), lente donc dormante et sans relation avec le monde actuel. » Ceci n’est pas tout à fait justifiée et pas juste du tout. Cette musique est la seule qui a des règles, d’où son nom de « musique savante » et qui nous relies à une grande civilisation arabo-andalouse. El Boudali Safir a dit que » notre musique classique est si belle et si profonde ». Pour l’apprécier, il fallait écarter les préjugés, l’écouter avec attention et comprendre sa structure poétique et musicale afin de se transposer de par l’imagination dans l’épopée andalouse, source de raffinement, d’arts et des sciences.

2- EBS : Se livrer, sur elle, à des études et des analyses, à la fois scientifiques et critiques, non seulement pour mieux en pénétrer les secret et les lois, mais aussi, pour en corriger les faiblesses et les anomalies résultant d’une très vielle pratique routinière et d’un système d’enseignement et de transmission anachronique.

Hafid Mouats : Là, il touche au plus profond de la problématique, notre musique n’a pas révéler tout ses secrets. Les algériens ont écrit peu sur leurs musiques, elles n’ont pas été bien étudiées d’une manière scientifique et technique. Combien de livres lui a –t-ont consacré ? Afin de clarifier, analyser et corriger les pratiques routinières qui se basent sur une culture orale où la théorie et la transmission par des outils plus fiables comme le solfège sont ignorés. A ma connaissance il n y a qu’un seule livre (thèse d’un doctorat en musicologie), celui du Dr Maya Saidani, qui a fait le tour de la question (le malouf, musique andalouse dans le style ou école de l’est algérien)) avec une démarche universitaire qui nous a éclairé sur certains fondement de notre musique classique. Même si ce livre ne donne pas assez de réponse à nos préoccupations, il n’en demeure que c’est le seul travail consistant élaboré depuis l’indépendance du pays. Le reproche que je fais personnellement à cet hauteur c’est qu’il (qu’elle) a interrogé les musiciens traditionalistes pour élaborer son livre au lieu d’interpeller aussi les musicologues qui sont aussi éclairés que les chouyouks et connaisseurs du malouf où certains aspects très techniques leur échappent.

3- EBS : Créer une musique nouvelle, non pas en se bornant à des démarquages ou des potiches des chefs d’œuvres du patrimoine ancestral mais…

à ) En puisant dans certains thèmes folkloriques simples et en les développant, comme l’on fait sur leur propres folklores des musiciens espagnoles, russes, hongrois comme Defalla, Katch, Atourian, Bela Bertok…

b) En allant par étapes mesurées vers la polyphonie, qui sans doute la clé de l’universalité musicale, mais constitue néanmoins pour les peuples religieusement et fortement attachés à leur homophonie un obstacle difficile à fréquenter.

c) En profitant de l’expérience des autres, par des échanges et des confrontations fréquentent.

d) En faisant surtout appel à son imagination créatrice sans s’obstiner à rechercher la nouveauté et le sensationnel à tout prix.

e) En se persuadant, enfin, que si la création d’une musique nouvelle est chose indispensable, elle ne doit pas se faire avec le seul et vain souci de plaire aux étrangers, au risque de s’exiler de sa propre culture.

Hafid Mouats : Comme on lie dans ces propositions, El Boudali Safir encourage à la création d’une nouvelle musique en s’inspirant des musiques du terroir comme le folklore et tout en le développant et en l’actualisant, à l’image de ce qu’on fait de grands compositeurs occidentaux et orientaux. Il était favorable à l’introduction de la polyphonie vocale et instrumentale mais en procédant par étapes mesurées et avec prudence. Il avance même que « la polyphonie est la clef de l’universalité musicale », même s’il y a réticences à ce raisonnement par les peuples attachés à la musique monophonique (musique à unissons, contrairement à la musique à multi-sons ou polyphonie).

Cet argument a été tant bien que mal adopté par certains de nos musiciens les plus audacieux qui avaient parfois avec réussite harmonisé et mis en symphonie nos musiques traditionnelles. Ainsi Boudjemiya Merzak, Haroun Rachid, Abdelwahab Selim et d’autres avaient osé s’attaquer à des tabous où les garants de la tradition et les puritains étaient très hostiles en accusant ces derniers de vouloir occidentaliser notre musique.

Avons-nous profité des expériences des autres par des échanges et des confrontations avec d’autres cultures musicales des autres peuples ? Il est clair qu’on a très peu exploiter les expériences des autres. Certes, il y a eu des échanges de groupes ou d’ensembles avec l’étranger mais seules les prestations ne suffisaient pas. Il fallait à mon humble avis plus que ça pour comprendre et situer nos musiques dans ce monde. Le mieux est d’organiser constamment des séminaires, des masters class, colloques, stages etc… Soit en envoyant nos musiciens à l’étranger pour des études ou ramener des coopérants pour nous faire bénéficier de leur savoir faire.

L’institut de Bordj el kifane et l‘institut de musique de Kouba on tenté l’expérience avec réussite mais sans continuité. Enfin, El Boudali Safir fait appel à l’imagination créatrice sans chercher le sensationnel et chercher à plaire aux étrangers en les copiant aveuglement. N'est-il pas un visionnaire cet homme de culture ? J'aurais aimé être de sa trompe, j'ai sa passion, sa curiosité, son avidité pour les connaissances mais je n'ai pas les capacités. D'autres ont les qualités de ce grand Monsieur mais ils ne sont pas présent sur la scène, les médiocres sont là, ils chassent les génies.

Hafid Mouats, le 21/09/2013.

Abdelkader Bendameche lui a consacré un livre sur la vie et l’œuvre de ce monument de la culture national.

Abdelkader Bendameche lui a consacré un livre sur la vie et l’œuvre de ce monument de la culture national.

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Published by newdiapasondeskikda.over-blog.fr
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Billal 16/05/2016 00:45

Bonjour et merci pour votre site et toutes ces informations. Je suis un mélomane de malouf constantinois, je suis à la recherche désespérément dr la partition de "Jani ma Jani antar fi jenani". J'aurai aimé Savoir si vous l'aviez et dans ce cas si c'était possible de la partager? Merci par avance.
Musicalement, Billal

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