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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 16:15

J'ai toujours posé cette question depuis que j'ai commencé à lire et chercher sur cette musique dite savante. Qui dit « musique savante » dit musique qui a des règles qui a de l’érudition:

1 De primes abords on constate que cette musique à très peu de règles par manque de théorie élaborée, soit par consensus entre spécialistes de tous les temps. Soit par un illuminé (genre El Kindi, El Farabi etc) qui fixe une théorie de cette musique individuellement puis approuvée par les musiciens.

2- Cette musique a subi des influences certaines (Ottomane, Maghrébine, et occidentale) de part l’apport des musiciens locaux ou musiciens ambulants des occupants.

3- Cette musique s’’était altérée au fil des siècles car la mémoire est faillible, en plus de la personnalisation par les maîtres de cette musique.

4- Seule la poésie du mouwachah et du Zedjel est restée intacte et sans déformation, l’heureuse cause de sauvegarde est facile à déceler : c’est la langue arabe où les textes étaient conservés sur des parchemins (puis avec les feuilles, inventées par les chinois) et sauvegardés aussi par l’oralité tout en se référent toujours aux écrits.

Et là Pour développer dans le sens où je veux y arriver, voila un fait qui m’a vraiment fouetté : En 2007 lors de la 1ere édition du festival international du malouf qui s’était déroulé à Skikda ma ville, une troupe musicale de musique médiévale « la troupe Edouardo de l’Espagne » avait alors présenté un programme où le répertoire a été puisé de musiques et chants datant du 13eme siècle. D’après le chef de cet orchestre, ces chants et musiques authentiques ont été sauvegardé grâce à l’ancienne écriture dite « écriture des Neumes » (Signe de notation musicale propre aux livres liturgiques du VIIIe s. au XIVe s. représentant un élément mélodique), c’est à dire l’ancienne écriture du solfège.

Du 8eme siècle au 9eme les arabo - musulmans étaient en Andalousie, comment ont-ils pu ignorer cette langue des signes qui leur permet de conserver même partiellement leurs musiques ? Je fais remarquer que le solfège complété à l’époque de Guy d'Arezzo 992/1050 avait prévu dans ses signes les effets des mouvements, nuances, l’expression et l’ajout des ornements (trémolo, gruppetto, glissando, point d’orgue etc.…) c'est-à-dire comme ont dit chez nous : insérer des khanèts pour donner une âme aux mélodies ( erouh) .

Ainsi, les partitions qu’on trouve dans la musique classique (modale, basée sur les maqams, toubou3es, ou modes)) Ottomane, Perse, arabe et andalouse maghrébin sont écrites simplement sans pose d’agréments et de signes pour exprimer des états d’âmes. Je le sais puisque je joue le classique turc quotidiennement sur des partitions, mais c’est aux musiciens formés dans la tradition orale (par l’oreille, par la routine) de lui donner une âme par la façon d’exécuter des mélodies avec leurs instruments et la spécificité des voix, selon le lège laissé par les chouyoukhs.

Résultats concret : le btaihi mezmoum « étèni rassoul » est sujet à une polémique dans l’école sanaa : est-il un msadar ou un btaihi ? (de 17 minutes, c’est trop pour un btaihi) ; dans la nouba hsine « ya morsili » est-il un btaihi ou un derdj ? Aux malouf c’est encore pire, des inçirats ont les trouve comme btaihi et parfois en msadar avec la même mélodie.

Un dernier exemple car il ne manque pas : tous les bachrafs et touchiias dans le malouf ont été altéré dans ces 5 dernières décennies. Si on prend des enregistrements de toute cette période on constate aisément les ajouts et les diminutions. Le responsable c’est la « libre exécution » où chacun y ajoute ou diminue du sien. Ce qui c’était passé par le passé durant des siècles. Et là je reviens à ce que j’ai avancé : notre musique savante que lui reste t-il d’andalous, d’authenticité ?

Dans un sens on veut sauvegarder cette musique qu'on veut authentique mais d'un autre on se permet d'y toucher et modifier. La dernière innovation c'est la nouba malouf où on vient de tomber dans le révisionnisme. Maintenant cheikh Kadour Darsouni juge que le derdj se joue avant le bataihi et pour être en concordance avec la nouba des autres écoles (dans la progression rythmique, ou mouvement) il a introduit un derdj taqil (lent), ainsi, on aurait deux, derdj, l'un khafif et l'autre taqil, du coup la nouba malouf n'a plus 5 mouvements mais 6. Autres innovations: l'introduction dans la nouba des valses et de chants sur mesures "machghal des Aissaouas, lemchaghlines". A Alger on a introduit et tronqué la touchia des inçrafats de Tlèmcen : c’est la touchia ghrib où ce mode est désigné à Tlemcen comme tab3 a3raq. On ajoute aussi des inqilabats ( mélodies récentes) au début de la nouba , on fait une qadiria à la fin de la nouba après le khlas. On exécute l'istikhbar avant le derdj, on introduit le Tchanbar dans une nouba et on élimine ( ou disparue ) la Daira, 1ere partie d'une nouba dans l'ancien temps. Pour Tlemcen par exemple , l'istikhbar a3raq ( ghrib à à Alger) est en voie de devenir un bayati oriental, la seconde ce tab3 est altéré en quart de ton, ce qui donne un bayati avec mélodie andalou Gharnata. ... pour ne citer que ces anomalies.

Il est clair que c'est possible de procéder à des corrections si vraiment il y a lieu, mais ce n'est pas normal qu'un cheikh unilatéralement décide à lui seul de rectifier des anomalies. Il y a par exemple un musicologue à Constantine (et il y a d'autres aussi) qui a corrigé certains msadars de la nouba malouf car leurs mélodies se terminent au 12 eme temps (mesure 16/4 et 16/8 à la réponse instrumentale) et il a fait des rajouts en puisant des mêmes mélodies. Personne ne l’a écouté ou expérimenté sa proposition. Pour la simple raison qu'il n'est pas un" NOM" dans la diaspora malouf. Et pourtant il possède les capacités théoriques et techniques et en plus c'est un diplômé universitaire (un architecte).

Voila le paradoxe dans notre milieu car " le chikh a dit ! Alors pas de polémique". Le mieux est que chaque école " sanaa, gharnata et malouf" doit créer une cellule de travail constituée de musicologue avérés, de cheikh avérés, de littéraires et d'historiens et élaborer un long travail qui abouti a un consensus et clore une fois pour toute la polémique en publiant les résultats de leurs recherches et rectifications. Les marocains l'on fait, les Tunisiens aussi dans les années 60, puis malheureusement sans suite. Regarder chez nous, on a fermé la polémique sur les textes de nouba zjel et mouwachah. Grâce à la publication des trois tomes et aussi aux publications des textes de noubas du cheikh Ahmed Serri et cheikh Kadour Darsouni . On l'a fait pour la poésie il faut le faire aussi pour les chants et musiques et arrêter les énièmes versions qu'on écoute d'ici et là.

Mouats Hafid , le 08/11/2013

Tableau d'André Brouillet :" L'exorcisme"

Tableau d'André Brouillet :" L'exorcisme"

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