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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 15:42

Comment notre musique classique a t-elle subi les déformations et la déperdition? Voici des éléments de réponses et une démonstration pour répondre à cette question.

Qu'est- ce qui a pris à nos musiciens actuels (Algériens) versés dans la musique andalouse avec ses différents styles, à s'emparer avec engouement du "Samai"?

Cette pièce de musique instrumentale d'origine Turque, adoptée par les Arabes du moyen orient voila bien longtemps? Chez nous, elle est maladroitement substituée à nos Touchiyas ou Bachrafs, qui eux aussi sont d'inspiration Turque.

Le "Samai" est donc une musique instrumentale qui s'étend sur trois variations ( khanats) et le refrain (tèslim). Exécutées sur une mesure 10 sur 8 dite "samai teqil" ou "aqsaq samai", où chaque mélodie renferme quatre mesures et parfois cinq mesures chez les Turcs. Les variations sont modulées sur différents modes (maqam) sauf le "teslim" et le début qui marquent généralement la signature du mode de base. Une quatrième variation est ajoutée sur des rythmes vifs et parfois en alerte, nommés "senkin samai", mesure 6/4; "dèrèdj samai" 6/8; mesure sarabande de 3/8 et la valse lente 3/4. Cette variation se compose de 4, 6 ou 8 mélodies (phrases musicales) dont chacune d'elles comportent 3 mesures pour les 3/4, 3/8 et 6/8 et quatre mesures pour le 6/4. Puis à la fin, le" samai " revient sur le "teslim" mesure à 10/8 et se termine souvent par un ralentissimo en decrescendo. A l'origine le "samai" (écoute) est exécuté après la "wasla" c'est-à-dire après le programme de chants, comme chez nous "la nouba". Et aussi placé dans la façla (intermède) après le taqsim et le mawel (istikhbar chez nous).

Quant à nos musiciens, ils exécutent le "samai" au début du programme puisque automatiquement assimilé à une touchiya ou à un bachraf. Les plus usités chez nous sont actuellement le Samai " Chad (ou chat) arabène" (qui signifie: tessiture élevée des arabes). C'est l'équivalent du mode "chahnaz" en RE. Chez nous c'est une variante du mode "zidane", où il est transposé par nos musiciens de la tonique SOL 4 ( raml ou nawa) au RE 3 (maya ou douka) . L'autre, c'est le Samai "Mahour" (qui signifie ; la lune en Perse) , il est l'équivalent du mode DO majeur , "Dil"de Constantine, "Iistihlal" au Maroc ou Mezmoum sur la tonique DO 3 de la "sanaâ" d'Alger.

De la Gharnatiya d'El Koléa, Andaloussiya de Constantine, Inchirah d'Alger, Errachidiya de Mascara en passant par des chanteurs de renoms, tous sont en quête de trouver l'enregistrement audio pour travailler leurs "Samais". J'ai dis "enregistrement et non partition". A ma connaissance, seule la formation musicale El Annasser de Miliana , drivée par le Dr Saâdaoui Mohamed tire sa révérence en jouant des Samais ou bachrafs du moyen orient sur partitions ou travaillés sur partitions.

Le résultat est évident, les musiciens de cette association jouent juste et sans fioritures exagérées. Disons que par souci de diversité et d'ouverture, nos musiciens aiment bien s'engouffrer dans d'autres musiques exotiques, ressemblant par leurs pièces à nos touchiyas et bachrafs. Exécuter un Samai est peut être synonyme de maîtrise de l'art des autres? Où bien pour impressionner les rivaux et les envieux ? Tel est notre état d'esprit. Mais il est désolant d'écouter nos musiciens interprétant le "Samai" avec des styles purement "Malouf de Constantine" ou "Sanaâ d'Alger" (les musiciens du "Gharnati de Tlemcen"semblent ne pas suivre cette mode). Introduire des ornements (khanats) ou des nuances (refdets et taqâidats) au Samai cela est acceptable avec les instruments que nous utilisons, mais le déformer ou lui ajouter et substituer des notes sur les mélodies est plus qu'aberrant. Combien de fois j'ai entendu des troupes exécuter un "Samai" en dénaturant les notes des quarts de ton (1/4 de note) ou 1/5 de ton pourtant fondamentaux pour certains maqams (modes).

Nos musiciens font confiance à leurs oreilles pour capter des mélodies. Hélas! L'oreille est faillible et ne peut filtrer toutes les notes, surtout les plus brèves et plus rapides. Seule l'exécution d'un "Samai" sur partition s'avère incontestablement juste, car mis sur papier par son compositeur même. Le mieux est de vérifier cette pièce par des initiés au solfège afin de jouer juste et sans rajout, ensuite le musicien est libre de donner un style à son interprétation sans déformation.

Par mon analyse, j'ai voulu démontrer comment notre musique dite savante avait subi la déformation et la déperdition par la libre interprétation, sans se soucier de son originalité ou de son âme. Je perçois mieux au file des temps, de quelle manière nos musiques ont été altérées, dénaturées ou égarées à jamais par l'absence de la notation et la faillibilité de la mémoire.

Une dernière inconvenance chez nos musiciens de formation traditionaliste: Prenons par exemple quatre musiciens où chacun d'eux interprète sur instrument la chanson mascotte "qom tara darahim elaouz". A la fin se sera évident que nous constations quatre versions différentes, dans les accentuations, les nuances, la rythmique mélodique, placement du trémolo avec le plectre (richa) etc. Là est la grande "noukba". Peut-on encore débattre de l'utilité du solfège pour transcrire nos musiques, afin de les préserver? C'est l'éternel débat d'arrière garde.

MOUATS HAFID, février 2008

Le samai mahour tant prisé par les gens du malouf (le mahour est presque l'équivalent du deil au, malouf) . Malheureusement un peu dénaturé par les khanates et les impros dans le milieu maouf.

Le samai mahour tant prisé par les gens du malouf (le mahour est presque l'équivalent du deil au, malouf) . Malheureusement un peu dénaturé par les khanates et les impros dans le milieu maouf.

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