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Musique arabe, turque et persane sous la même source.


Le célèbre historien arabe Ibn Khaldoun écrivait dans l’un de ses ouvrages sur « l’art du chant » que « les arabes, durant leurs siècles d’ignorance (âsr eldjahili  avant l’avènement de l’islam) avaient une musique tout à fait rudimentaire, et que plus tard, en empruntant plusieurs modes à la musique persane, leur musique se perfectionna sensiblement ».

Abou – Faradj – El Isphahani (Perse, 897/967) dans son ouvrage « El aghani » avait rapporté qu’un « arabe nommé Said Ben Mouçadjidj, se sentant des dispositions pour la musique, partit pour la Perse au milieu du 1er siècle de l’hégire (Elhidjra) pour s’y perfectionner dans cet art. Il y étudia le jeu des instruments de musique et la pratique de la musique persane ; à son retour, passant par la Syrie, il étudia aussi la musique des différents peuples. Lorsqu’il revient au hijaz (l’Arabie), il reforma la musique arabe par de légères suppressions et additions, c'est-à-dire en adaptant seulement à cette musique ce qui lui avait plu dans le chant des perses et des grecs de Syrie, et en renonçant à ce qui n’était pas conforme au goût arabe ».

On racontait aussi  que des chanteurs et des ouvriers qui rénovaient la Kaaba sont arrivés à la Mecque et les arabes commençaient à imiter leur chant. Des historiens Européens avec subjectivisme et parfois par méconnaissance affirmaient que la musique arabe fut calquée sur la musique persane qui est une musique plus raffinée et que les instruments comme le Barbat (le luth perse) sont bien plus perfectionnés si bien que les arabes s’empressèrent d’adopter.

 

Ces suppositions apparemment  convaincantes peuvent être de nos jours vérifiées  avec  la désignation de la plupart des modes arabes qui ont un nom d’emprunt à la musique Persane. Exemple : Rast, Isphane,  Yakah,  Djaharka, Nahawend, Nawa etc. Pour ma part, j’estime que la musique arabe avait peut être au départ subi des influences des autres civilisations dominantes, mais par la suite elle a eu ses propres règles, qu’on peut aussi remarquer aisément avec l’appellation de beaucoup de modes avec des noms arabes, tel que : Hihaz, Kurde, Mouhayar, Rahat Elarwah etc.

 

Il était  évident qu’avec la propagation de la religion musulmane, les combattants de la foi venus du désert  et qui se dirigeaient vers différentes régions du moyen orient, du Maghreb et jusqu’en occident  se transformaient dans d’autres civilisations luxueuses et raffinées. Ils apprirent chez les Egyptiens, les Irakiens, les Syriens, les Perses, les  Grecs et les turcs, l’art, l’agriculture, les industries, les philosophies et d’autres modes de vie. Du grand Maghreb ils ont connu et adopté beaucoup d’us et de coutumes de cette grande région habitée par des Berbères. 

Ils vont au premier  siècle après l’apparition de l’Islam fonder une autre civilisation dite arabo-andalouse en occident, avec ses sciences, et ses arts.

 

 Et là le parcours du musicien Zeriab (789/857, de son vrai nom  Abou elhassen Ali Ibn Nafaâ ), (promoteur de la musicothérapie et inspirateur dit-on du flamenco) au 9eme siècle sous le califat Abbasside est la parfaite illustration de cet embrasement culturel. Parti de Bagdad suite à une grande rixe avec son maître Ishaq El Mawssil, il se dirigea vers Ifriqiya pour échapper à une lourde punition de ce dernier et ramena avec lui l’héritage lyrique sous emprise des cultures grecs, syriennes et persane. Il s’arrêta un long moment  (12 années dit-on) à Kairouan capitale de la dynastie des Aghlabides, étala tout son art et se confronta aussi avec la musique des autochtones Berbères de l’actuelle Tunisie. Puis, il rejoint l’Andalousie musulmane sur invitation de l’Emir Omeyyade El Hakam 1er, qui mourrut en 822 juste au moment où Zeriab posa ses pieds sur le  sol d’El Jaçiras, port où avait déparqué le légendaire Tarek Ibn Ziad le Berbère pour conquérir l’Espagne. Le fils du défunt,  l’Emir Abderahman II (qui régna  de 822 à 852) était aussi mélomane que son père, il insistât d’ailleurs  pour que Zeriab continu son voyage pour exporter son art jusqu’à Cordoue.

Ainsi, Zeriab réinventa la musique en Andalousie avec des influences orientales et occidentales en introduisant la renommée école des oudistes (luthistes), si chère au théoriciens El Kindi (801/873) qui avait rédigé sept ouvrages sur la musique et Ishaq El Mawsili (757/850) son maître envieux. Il fut le fondateur d’une nouvelle tradition musicale et laissa selon les chroniqueurs El Maqqari (né à Tlemcen vers 1591, mort au Caire en 1638) et Ibn Khaldoun (1332/1406) un répertoire de chant immense basé sur le système de la nouba qui se propagea sur toutes les provinces andalouse puis vers le Maghreb.

Nous continuons en ce moment de recevoir les échos de cette musique surtout au Maghreb arabe qui a encore subi des influences locales et régionales  pour arriver à d’autres styles que nous connaissons de nos jours et qui sans doute, avaient été altéré par l’usure du temps mais il reste des authenticités et l’âme de cette musique à travers ses poésies du Mouwachh et du Zedjel.  Aussi par la structure des noubas qui partent du principe de la progression rythmique comme au temps de Ziriab avec le tempo Bassit, chant au mouvement lent et les mouharakats et Ahzadj chants légers et vifs.  Et de par l’utilisation encore de certains instruments de musique tel que le rabeb et le oud arbi à Constantine, (kouitra, à  Alger et Tlemcen, oud el inqilab au Maroc ou el oud Etounsi en Tunisie).

 

La musique Arabo-persane a pris aussi un autre cheminement avec la présence de l’Empire Ottomane sauveur de l’Islam dans tout le moyen orient  et le Maghreb. Ainsi les turcs  empruntaient la théorie de cette musique inspirée des grecs, des syriens et des perses  pour adopter un système unique où l’octave est divisé en 24 intervalles (contrairement à l’occident où leur octave  se divise en12 intervalles) comme pratiqué par les perses et les arabes. Nous saurions dire alors que la musique turque est semblable  aux musiques des peuples cités.

 

Cette fusion spirituelle  explique la  corrélation culturelle sous la bannière d’un islam rassembleur des premiers siècles. Au point où tout érudit de ces peuples musulmans est considéré des leurs  car faisant parti d’une même identité. Ainsi, El Farabi le turc, Ibn Sina le perse ou Ibn Khaldoun l’arabe seraient les références et les sources d’inspiration. A rappeler que la langue arabe était l’outil linguistique des savants musulmans, voila ce qui explique que les ouvrages de beaucoup de musulmans sont  en arabe. Selon aussi des musicologues contemporains, les ouvrages traitant de la musique comme ceux d’El Farabi et Ibn Sina sont restés longtemps l’unique référence des musicologues de l’orient.

 

Quelques siècles plus tard, la dernière des civilisations arabo-musulmane s’effondra avec la chute de Grenade en 1492. C’était là le  véritable déclin où les peuples musulmans furent colonisés par la suite et l’empire Ottomanne s’effrita sous le ravage des guerres perdues avec l’occident chrétien. Les turcs s’occidentalisaient de par leurs liens géographie, politique et culturel avec la nouvelle Europe. Le dernier califat fut aboli par le laic Ata Turc et le monde musulman  sombra dans une longue nuit qui malheureusement perdure jusqu’à nos jours. Les perses s’accrochaient alors  à leur culture, ils ne seront ni arabes ni asiatiques mais « Iranien » avec le dogme religieux le « safaouisme », tiré du kharidjisme Alaouite qui sera ce Shiisme, religion d’état.  Avec cette désunion forcée, une démarcation se faisait sentir entre ces trois grands peuples dont leur  destin s’était croisé pour donner naissance à une civilisation arabo musulmane.

 

Après ces tribulations, que reste-il de commun à  leur musique ses peuples désormais très disparates et qui autrefois s’abreuvaient d’une même source ? La première évidence est que leur musique est  toujours basée sur le système modal, c'est-à-dire sur les échelles des maqamats, leurs enchaînements et leurs ramifications. Beaucoup de modes se ressemblent par leur nomination et leur ambitus. Exemple : le mode Rast qu’on trouve toujours et qui signifie en Perse, droit ou juste ; le Aâraq (Irak) ; le hidjaz (elhijaz), le Ochaq  (les amants) ; le housseini (par référence à l’imam el husseine, fils d’Ali le calife), rahaoui (l’oiseau annonçant la mort de husseine, ville Turc Raha), nawa (l’adoré) etc. Leur musique est- pourvue de micro-intervalles. La différence  est maintenant dans la subdivision du ton, les arabes utilisent le quart de ton (demi dièse et demi bémol) qui selon le fragile consensus du congrès du Caire de 1932 où le ¼ de ton représentait  30 à 40 pour cent du ton. (Le ton est la plus grande distance sonore entre deux notes voisines, chromatiques ou diatoniques, exemple :   do dièse – ré dièse, ou do - ré.). Dans la théorie de la musique turque et Iranienne il y a jusqu’à 17 notes au commas (ou limmas) mais ils n’utilisaient que 8 à 9 commas car audibles à l’oreille. Ici il faut noter que dans la musique dite classique arabe du Maghreb,  tous les modes sont presque à gammes tempérées ne comprenant que des notes naturelles en plus des dièses et des bémols, soit des tons et des demi tons.

 

Au niveau des rythmes, les musiques classiques de ces peuples ont la même approche, désignant les tempos par la durée du temps, classés en mesures pesante (mizane taqil), léger (khafif) et rapide ( hazadj). Comme on continue toujours à observer la progression rythmique selon le principe de la nouba (ou wasla) où le récital débute avec des chants à tempo lent, puis modéré et enfin terminé avec du léger et le rapide qui font appel à  la danse. Ceci afin de clore une ambiance caractérisant une atmosphère particulière,  selon les états d’âme du moment.  

 

Autre similitude entre les musiques de ces peuples c’est le presque rejet de l’harmonie occidentale. Cette manière de superposer les sons qui se diluent pour faire ressortir  l’effet des accords avec des instruments ou avec la voix n’a pas eu d’adeptes. La gamme orientale  est incompatible avec l’harmonie car  basée sur la théorie des deux seules modes de l’occident qui sont le mode majeur et mineur. Même si certains maqamets  sont presque analogues à ces deux modes et qui demeurent  harmonisable. L’oreille musicale des orientaux traditionalistes repousse cette façon de procéder et qui est contraire à l’essence même de leur musique monophonique, jouée à l’unisson par succession de notes qui donnent la mélodie, âme principale de cet art. 


Aujourd’hui grâce au rapprochement spirituel, géographique  et aussi de par  la langue du Coran,  j’estime que ces peuples  se retrouvent musicalement au moins  sur le plan auditif où l’ouie est perceptible aux airs de chaque musique. Personnellement je l’ai encore vérifié  avec l’expérience réalisée par le groupe Algérien « Ibnou Sina Group » sous l’impulsion et l’inspiration de son chef le  musicien et chercheur en musicologie M Sadaoui Mohamed d’Alger.  En effet, ce groupe avait été invité en 2010 à Urfa en Turquie afin de se produire avec des groupes de musiciens turcs et arabes venant de Tunisie et du Koweït. Tout ce panache  était sur une même scène où chacun donnait son récital devant un public qui avait si bien saisi la symbolique de cette démarche,  résumant parfaitement l’ancien brasage des cultures de l’orient et de l’occident. (Le moyen orient, le grand Maghreb et l’Andalousie Musulmane).  L’expérience a été renouvelée encore et avait démontré l’utilité de telles fusions  lors des deux concerts donnés à Alger les 6 et 7 Avril 2011 entre toujours Ibn Sina Group et le groupe du célèbre qanoundji turc, maître Hallil Karaduman. Ils ont élaboré ensemble un programme très homogène au public en utilisant des outils communs aux patrimoines lyriques arabes et turcs avec une rare symbiose.

En évoluant comme luthiste au sein  du groupe Ibnou  Sina lors de cette fusion,  à aucun moment je me suis senti en décalage par rapport à la musique turque. Ayant toujours été imbibé dans l’héritage andalou avec le malouf, la sanaâ et le gharnati,  je n’ai éprouvé qu’un retour de mémoire et aux sources de l’Algérie des Deys et des Beys qui avaient gouverné nos provinces durant des siècles. L’exécution des bachrafs, des samais et surtout des taqsims est une autre preuve de rapprochement des cultures.

 

Enfin, nous partageons aussi l’utilisation de quelques instruments anciens, tel que le légendaire luth (el oud) le ney, le qanoun, la zorna (ou ghaita), les percussions derbouka et tar et tabla. Une différence de taille comme même, c’est que les turcs et les Iraniens ont presque mis sur partition et sauvegardé tout leur patrimoine de musiques anciennes. Au moyen orient,  nos frères arabes avaient transcrit une partie de l’héritage des siècles derniers mais au Maghreb nous accusons un grand déficit en la matière. Telles sont l’unes des  causes de la perdition et la dénaturation de notre ancien patrimoine andalous et autres.     

 

Mouats Hafid. 13 Juin 2011.

 

 ORCHESTRE ARABO MUSULMAN

 

 

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